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vendredi 15 avril 2011

Stéphane a écrit :

Compte rendu de la Conférence-débat organisée par les amis du monde diplomatique, Attac Toulouse qui s'est tenue le jeudi 15 avril.
Le thème était : "Les limites du "développement durable" et la question de la décroissance.", débat animé par Frédéric Durand Professeur de Géographie à l'université de Toulouse Le Mirail.

  • Pourquoi remettre en cause le "développement durable" ?

Le concept de "développement durable" est devenu très consensuel au fil des années et il devient politiquement incorrect de le critiquer.
Le développement durable est basé sur 3 piliers supposés égaux : L'Économie, le Social et l'Environnement. Or, dans les faits, l'économique prend le pas sur les autres piliers que sont le social et l'environnement qui ne semblent être que des cautions pour poursuivre un système économique basé sur une croissance infinie. L’association des deux mots « développement » et « durable » est elle-même antinomique car il n'y a pas de développement sans croissance économique (dans la conception actuelle du développement), or il ne peut y avoir de croissance économique infini dans un monde fini. De fait, le développement ne peut pas être durable par définition.

Par conséquent, le problème se pose d'une véritable révolution conceptuelle et mentale à propos du développement car on vit dans un monde où celui-ci est présent partout dans nos vies et représente un "idéal" à atteindre, en particulier pour les pays du Sud pour qui, le Nord et le modèle de développement à atteindre.

Un indicateur, l'IDH (indice de développement humain) est censé représenter le niveau de développement d'un pays. Les pays du Nord (Europe, Amérique du Nord, Australie, Japon, Nouvelle Zélande) sont les pays ayant les IDH les plus élevés alors que les IDH les plus bas se trouvent au Sud.

Dans la logique économique actuelle, les pays doivent atteindre un IDH élevé pour être considérés comme développés.

Mais, si l'on prend un autre indicateur : l'emprunte écologique, on se rend compte que les pays ayant l’emprunte écologique la plus élevé (autrement dit, l’environnement le plus dégradé) sont les pays ayant l'IDH le plus élevé. On peut donc dire les pays dits "développés" sont en fait des pays "sur-développés" qui ont détruit leur environnement pour atteindre leur niveau de développement. Que l'on ajoute l'adjectif "durable" ou non, le développement tel qu'il est encouragé par les instances mondiales (FMI, ONU, Banque Mondiale) est impossible à continuer sur une planète aux ressources limitées.

  • Comment définir le développement ?

La rupture conceptuelle date de la fin du 18eme. Avant le 18eme siècle les sociétés étaient des sociétés de reproduction, c'est à dire que le but était de se reproduire avec une gestion des risques pour sa survie.
A partir de la fin du 18eme siècle, l'Europe est passée à une société de production dont le but est de produire des biens et services pour créer toujours plus de richesse dont la philosophie pourrait être "toute nouveauté est bonne à prendre". Cette nouvelle façon de voir la société s'est accompagnée d'idéaux : libérer l'homme des taches ingrates grâce à la technique ou aboutir à une société d'abondance.
La question est : 200 ans plus tard, ces idéaux, ont ils été atteint ? Il est possible d'en douter.
Les 2 grands courants économiques du dernier siècle, le capitalisme et le communisme, se sont inscrits dans cette société de production et d'abondance.
Il ne s'agit pas ici de rejeter toute la société de production en bloc. Certaines évolutions techniques et sociales ont été très utiles aux humains : Les progrès de la médecine, L'amélioration de techniques agricoles, l’amélioration des droits de la femme ... etc. Mais la question qui doit être posé à l'avenir est : Quels risques, quels progrès techniques sont éthiquement acceptables ?

Et surtout, la problématique est de redéfinir la notion de richesse qui est à la base du concept de développement actuellement.

  • Qu'est-ce que la richesse ?

Dans le système économique actuel, la richesse d'un pays est estimée à l'aide d'un indicateur : Le PIB (produit intérieur brut). Le PIB sert à quantifier tous les échanges monétarisés mais ne tient pas compte des échanges non monétaires ou des dégâts environnementaux. A l'inverse les dégâts environnementaux peuvent être source d'accroissement de richesse tel que la déforestation pour planter des palmiers dont l'huile sera vendue par la suite.

  • Richesse et dégradation sur l'environnement

La tendance actuelle des instances internationale, suite au rapport Brundland (1987) est d'établir un lien direct entre pauvreté et dégradation de l'environnement. Selon elles, seul le développement peut permettre aux pays pauvres de sortir de la pauvreté et de diminuer l’atteinte à leur environnement. En clair, selon les instances internationales ce sont les pauvres qui dégradent l'environnement. Les faits prouvent le contraire puisque l'emprunte écologique est la plus forte dans les pays à fort PIB. Cette tendance à considérer que ce sont les pauvres qui détruisent l'environnement permet d'éviter la remise en cause de la sacro sainte croissance.

  • Les limites des ressources

En 1972, Le club de Rome (comportant des économistes, des scientifiques, des fonctionnaires nationaux et internationaux) avait prédit qu'après une période de croissance le système économique allait s'effondrer suite à un épuisement des ressources et/ou une dégradation environnementale généralisée aux cours du 21eme siècle avec une chute brutal du PIB mondial.
Ce scénario passait pour catastrophiste mais les tendances actuelles notamment, la raréfaction du pétrole, tend à confirmer ces scénarios. (http://www.clubofrome.org/eng/home/)

  • Les dérives du développement.

Le développement tel qu'il est conceptualisé actuellement, entraîne dans son sillage un certains nombre de dérives qui ont un impact gigantesque sur l'environnement et donc sur les hommes.
Une des conséquences majeure est le réchauffement climatique qui est incontestablement dù à l'activité humaine. Le débat sur le rôle de l'homme est clos, notamment depuis le débat à l'académie des sciences en 2010 au cours duquel, même des sceptiques historiques tel Claude Allegre, ont reconnu l'impact anthropique (activité humaine) sur le réchauffement climatique.
On peut donner d'autres exemple de dérives du développement : La déforestation, les accidents nucléaires etc ...

  • Développement et rapport Nord/Sud

L’aide au développement promis par les pays du Nord est très en dessous des engagements, mais surtout le service de la dette est 3 fois plus élevé que l'aide au développement. Donc contrairement aux idées reçues, ce sont les pays pauvres du Sud qui financent les riches pays du Nord, sans compter les dégradations sur l'environnement faites dans les pays du Sud indirectement par les pays du Nord. Il ne faut pas oublier que les pays du Nord sont moins pollués car les industries les plus polluantes ont été délocalisées au Sud pour ensuite revendre les marchandises au Nord. Dans le réalité, le Sud finance le Nord et le Nord pollue le Sud. Le concept de développement permet de justifier le maintien des inégalités Nord/Sud. Dans ce contexte peu réjouissant il est nécessaire de remettre en cause le concept même de développement (durable ou non) et la croissance qui lui est associée. C'est là qu'entre en jeu le concept de décroissance.

  • Qu'est-ce que la décroissance ?

Les tenants de la décroissance sont diverses et plus ou moins transigeant avec l'idée de progrès. Mais on peut définir la décroissance comme le refus de l'idéalisation du progrès, la limitation de la consommation, le refus de la consommation de masse et le retour en force du lien social.

Mais la décroissance n'est pas un retour en arrière, ce n'est pas un refus de la technique mais le refus de son idéalisation. La technique doit être au service de l'homme et non l'inverse.
Certains secteurs utiles aux humains peuvent être favorisés avec la recherche d'innovations techniques tels que la médecine, l'agriculture, les transports ou les sciences de l'information, mais avec toujours l'idée en tête de savoir si l'innovation est porteuse de risque et si oui, celui ci est il éthiquement acceptable.

L'association négawatts a imaginé un scénario de politique énergétique (2000-2050) permettant d'atteindre des objectifs de sobriété énergétique, d’efficacité énergétique, et de recours aux énergies propres tout en sortant du nucléaire.

Mais en premier lieu il faut redéfinir les concepts de Richesse, Bonheur et progrès.
Certains chercheurs ont théorisé le concept de décroissance, notamment Serge Latouche qui a défini les 8 R (Réévaluer, Reconceptualiser, Restructurer, Redistribuer, Relocaliser, Réduire, Restaurer, Recycler) ou Georgescu-Roegen qui a défini 8 recommandations.
La décroissance peut paraître une utopie. Mais, à la vue de la situation de crise actuelle, on peut se demander, pour citer René Dumont, si le choix n'est pas entre l'utopie et la mort !


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